Devenir Forêt
Écopoésie gestuelle et bruitiste
Écopoésie gestuelle et bruitiste
Démarche
"[...] qu'est-ce qu'on décide de rendre remarquable dans ce qu'on observe? Pour rendre possibles d'autres histoires." V.Despret (2019)
En interagissant avec différents écosystèmes naturels, on emmagasine des sensations, des formes, des chants, ou des comportements. On fait des liens qu’on traduit dans une démarche performative, gestuelle et sonore. Il s’agit d’une recherche sur une transmission des ressentis de manière poétique. On expérimente la transition vécue sur le terrain versus la mémoire tangible issue de l'expérientiel.
Recherche - Création
C'est maintenant officiel, me voici artiste en résidence au Centre d'art de Richmond en Estrie. J'y serai pour quelques mois et je travaillerai sur ce projet en compagnie du musicien et créateur Nicolas Moussette. Notre lieu d'exploration est la salle La Chapelle qui est absolument inspirante et magnifique.
En parallèle, j'explore et enrichi le mouvement avec Sarah Bild dans son studio de création La Poêle : https://lapoele307.wordpress.com.
À chacune de nos rencontres, j'approfondis davantage le travail corporel et je trace les contours de ce voyage avec la nature. Ensemble, nous nous dirigeons vers des précisions de plus en plus raffinées et assumées.
Le titre de travail pour ce nouveau projet est : Devenir Forêt, écopoésie gestuelle et bruitiste.
Ce que je souhaite, c'est inviter les spectateurs à venir célébrer l'importance, la présence et la nécessité de préserver et d'aimer tous les écosystèmes. Recevoir avec nos fibres corporelles l'amplitude de ce monde vivant qui nous entoure. Il n'est pas nécessaire de vivre dans la campagne profonde pour être sensible aux traces d'un animal, d'une feuille qui s'ouvre ou d'un oiseau qui chante. Être attentif. S'émerveiller. Ressentir dans notre corps les bienfaits que la nature nous apporte. C'est par la poésie que je souhaite partager cette sensibilité.
Je tiendrai au fil des mois qui viennent un journal de bord que je visiterai au gré de mes besoins et désirs de partager. Il me servira à colliger par les mots, les réflexions, les photos et parfois des extraits vidéos, des moments de création. Ceci me permettra de suivre mon fil et parfois de me comprendre et puis finalement de me faire confiance.
Des chemins de sensibilité
Dans son livre Méditer comme une montagne, le philosophe Jean-Philippe Pierron écrit ceci : "Libérer en soi un espace pour contempler, ce n'est pas une technique, c'est un engagement responsable, quotidien, volontaire, engageant toutes les dimensions de notre vie". p.77
Être attentive.
27 mars
Lors d'une grande marche entre le rang 8 et le rang 9 sous le soleil frisquet de mars, j'ai été accompagnée par une corneille. Elle croassait allègrement. Le vent frais fouettait mon visage et puis le soleil venait équilibrer cette froidure par ces rayons printaniers. J'ai capté ce moment et je me suis mise à chanter de diverses manières ces trois mots en y ajoutant quelques gestuelles au fil de la marche.
Mon travail en studio a été d'exprimer ces mots apparus lors de la randonnée.
La corneille
Le vent
Le soleil
15 avril
Depuis plusieurs jours, je cogite sur une orientation qui s'immisce de plus en plus fortement dans mon exploration. J'ai choisi un nouveau titre de travail : Devenir Forêt.
Pour une fille qui a grandi sur le bord du fleuve Saint-Laurent dans le grand vent du large et de l'air salin, c'est une posture que j'affirme de plus en plus. Puisque je travaille avec le ici et le maintenant, il n'est pas surprenant que ce soit le territoire sur lequel j'habite depuis une douzaine d'années qui inspire mon élan de création. Depuis trois ans, je marche un chemin précis. (J'en parle de long en large dans l'onglet Poésie d'un territoire)
Mes randonnées matinales me connectent aux saisons, à la faune, à la flore et aux multiples diversités visuelles, olfactives et sonores. C'est à partir de ces connexions que je développe mon projet poétique.
Ces photos étaient mes éléments d'inspiration lors d'une séance de travail
23 avril
Hou là là. Ça prend forme tranquillement.
Travailler avec un environnement sonore change complètement la perspective dans l'exploration. Les propositions bruitistes de Nicolas se répercutent dans ma façon de travailler. Il devient plus aisé pour moi de me laisser aller dans la démarche gestuelle. La Chapelle se transforme en un autre espace et moi je me métamorphose avec confiance dans un devenir tout en animalité.
Extrait d'une session autour de l'oiseau
"Le son bruissant des vivants qui nous rendent vivant". J.P.Pierron
27 mai
Oh que ça se précise.
Nous avons pas mal placé notre partition, installé une bonne partie des accords gestuels et bruitistes.
Lorsque Nicolas et moi explorons chacun dans notre médium et notre collaboration, nous suivons cette ligne visuelle. Des sons se précisent et accompagnent certains gestes ou bien installent un environnement.
Dans son livre Méditer comme une montagne J.P. Pierron écrit ceci : " L'écologie profonde concerne nos attitudes originaires, personnelles ou collectives, qui nous font considérer la nature non pas comme un bien à exploiter mais comme une partenaire avec laquelle se relier". p.32
RELIANCE, se relier à ce qui est vécu mais davantage à ce qui se vit au moment du geste et du son.
Le projet que je mène actuellement vise à rendre visible par le geste, les affects suscités par la nature en moi. Le projet étant performatif, à chaque fois c'est à la fois pareil et différent. On se reconnait dans certains gestes associés à certaines images et certains sons mais on se laisse la possibilité d'être à l'écoute de ce que l'on vit dans l'instant. L'on retrouvera par exemple l'archet frotté sur les cymbales lors de certains mouvements.
J'aime parler d'une CÉRÉMONIE POÉTIQUE.
Le geste artistique est un don
Don de soi à l'autre
Don de son âme poétique
Don pour faire la paix
Don pour la beauté du lien avec le vivant
Le son bruissant des vivants qui nous rendent vivant...
Je trouve intéressant de vous partager un nouvel extrait du travail d'exploration concernant les oiseaux. Où je me trouve à la campagne, j'ai le loisir de les voir et de les observer.
Bien sûr, la période la plus pétillante c'est durant le printemps.
J'adore observer le vol des urubus. Je m'imagine sur leur dos...ils planent majestueusement à la recherche d'une proie.
Que dire des merles, carouges, colibris, moucherolles, parulines...ils se retrouvent tous en moi lorsque je me mouvois sous les sons-bruits de Nicolas.
L'atmosphère
Dans la démarche sonore, on essaie d'associer des atmosphères avec le lieu, l'espace dans lequel notre imaginaire se promène. Ici, on a un exemple où je me suis amusée à tracer un lien entre ce que Nicolas expérimentait et un espace visuel de la partition.